Toutes les 16 secondes, un enfant meurt d’une maladie qui aurait pu être évitée par un vaccin. Chaque jour, plus de 800 femmes meurent en donnant la vie.
C’est pour combattre ces chiffres que Mamadou Sall et ses camarades ont créer KARANGUÉ – SOS Vaccination, un système d’alerte par SMS et messages vocaux qui vise à rappeler aux mères les rendez-vous pour les vaccins et les visites médicales de leurs enfants.

Votre projet “KARANGUÉ – SOS Vaccination” a été plébiscité lors du 2ème Forum mondial de la langue française et il vient d’être sélectionné parmi les finalistes du RFI Challence App Afrique de RFI (qui vise à récompenser les idées innovantes pour améliorer l’accès à la santé en Afrique à travers les applications mobiles). Pouvez-vous nous présenter ce projet en quelques mots ?
KARANGUÉ est une application web/mobile au service de la santé maternelle et infantile. L’innovation consiste à utiliser les TIC pour venir en aide aux mères afin que leurs bébés puissent obtenir tous les vaccins nécessaires après leur naissance et pour permettre le suivi régulier des visites prénatales et postnatales. Il s’agit d’un système d’alerte intelligent par appel vocal et SMS déclenchés 48h avant la date de vaccination ou de la visite prénatale/postnatale. L’appel sera émis à l’attention des intéressés à travers les différentes langues nationales, selon le pays où le projet est déployé, en utilisant la voix des icônes du pays tels que Youssou Ndour, Baba Maal, Coumba Gallo entres autres.

Comment est né Karangué ? A t-il été difficile de mettre en œuvre le projet ?
KARANGUÉ, c’est d’abord l’histoire de notre regrettée Aida Niang. Aide habitait dans un village très lointain du Sénégal, Guédé, dans le département de Podor. Aida a mis 15 ans avant de pouvoir être enceinte. Un jour, gravement malade du paludisme, elle s’est rendue dans une structure de santé où un infirmier lui a annoncé qu’elle était enceinte. Heureuse, Aida est rentrée chez elle pour informer son mari et sa famille. Malheureusement elle n’a pas respecté les visites prénatales et n’a pu se faire vacciner. Un après-midi de juillet 2014, Aida a accouché à domicile. Comme elle perdait beaucoup de sang, son mari a décidé de l’amener voir la sage-femme mais elle est décédée en route… Cette histoire a coïncidé avec notre année de master au sein de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal. Nous étions engagés dans une structure de service à la communauté où nous devions réfléchir à de réelles problématiques de développement durable et y apporter des solutions par l’usage des TIC. C’est ainsi que mes camarades et moi avons eu l’idée de ce projet. Nous avons mis à profit l’année 2015 pour développer la plateforme et les applications de KARANGUÉ, en collaboration avec Orange Sénégal, Nest’Up de la Créative Wllonia , la Francophonie à travers la CONFEJES ET CTIC DAKAR.
Comme tout projet d’entreprenariat social, le début a été très difficile. Le développement technique des applications a été un véritable challenge mais nous avons su le relever avec la détermination de l’équipe et l’appui de nos partenaires.

Que ressentez-vous devant l’enthousiasme suscité par Karangué ?
KARANGUÉ constitue pour mon équipe et moi une expérience enrichissante et passionnante. C’est un projet qui nous a permis de croire qu’on peut être jeune et utile pour sa communauté. Rien n’est plus motivant que de se réveiller  chaque matin et de se dire que son activité contribue de manière significative à la réduction de la mortalité maternelle et infantile. Bref, de sauver des vies…

Il y a quelques mois, la CONFEJES vous a apporté un soutien financier. En quoi ce soutien va t-il vous aider à développer Karangué en Afrique ?  
Permettez moi de remercier au passage le Secrétaire Général de la CONFEJES ainsi que l’équipe dynamique et engagée qui l’accompagne pour avoir cru en notre projet. La CONFEJES participe actuellement dans la phase pilote du projet qui est en cours de déploiement à Thiès, en collaboration avec l’opérateur Orange et l’incubateur CTIC DAKAR. Cette phase pilote nous permet de faire un suivi gratuit des rendez-vous des mères et des nouveaux-nés pour l’année 2016. Cette phase pilote nous permet de veiller au respect du calendrier vaccinal de 15 917 nouveaux nés et d’assurer les visites prénatales et postnatales d’autant de mamans.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune porteur d’une idée qui souhaite se lancer dans l’aventure de l’entreprenariat ?
D’abord se dire qu’on peut apporter un changement positif dans sa communauté et qu’on a l’obligation de le faire parce qu’il en va de notre bien-être commun.
Il faut aussi oser, croire en soi et se dire qu’on peut changer le monde à travers nos projets respectifs.
Je leur conseillerai également de s’armer de la règle des 3P : la patience, la passion et la persévérance.
Pour finir, je les appellerai à méditer ces propos de Steve Jobs qui disait : “Ayez le courage de suivre votre  cœur et votre intuition, l’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir, le reste est secondaire.